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Urbanisme et géomatique : ce que les données du Géoportail ne montrent pas

Le Géoportail de l’urbanisme met à disposition, en téléchargement libre, les documents d’urbanisme de la quasi-totalité des communes françaises. Zonages, prescriptions, servitudes d’utilité publique : le gisement est considérable. Et il est devenu le premier réflexe de tout géomaticien qui doit répondre à une question sur la constructibilité d’un terrain.

Puis vient le moment où l’on charge les données dans QGIS, où l’on regroupe par type de zone. Et le résultat n’est pas celui attendu.

J’ai passé les deux dernières années à construire un service qui repose entièrement sur ces données. Voici les trois choses que j’aurais aimé savoir avant de commencer. Elles ne figurent dans aucune documentation et transforment une analyse apparemment simple en source d’erreurs silencieuses.

1. Toutes les communes sans document ne sont pas au même régime

C’est le premier contresens, et le plus facile à commettre : supposer qu’à chaque commune correspond un document.

Sur les 34 966 communes françaises, 6 632 relèvent du règlement national d’urbanisme. Le RNU : un corps de règles fixé par l’État, qui s’applique par défaut en l’absence de document local. À l’autre bout, 24 786 communes ont un document publié au Géoportail.

Ces deux nombres n’additionnent pas les 34 966, et c’est le point important. L’écart, environ 3 500 communes, n’est ni du RNU ni une donnée manquante. Ce sont des communes qui devraient avoir un document et ne l’ont pas déposé au portail. Déduire le RNU par soustraction le surestime de plus d’un tiers.

La conséquence pour une analyse spatiale est directe. Si vous calculez un taux de couverture, une surface constructible ou une densité de zonage à l’échelle d’un département, ces communes apparaissent comme des trous dans vos données. Mais ce sont des trous de trois natures différentes :

  • une commune au RNU, pour laquelle il n’y a rien à chercher ;
  • une commune qui doit un document sans l’avoir déposé ;
  • et une véritable donnée manquante.

Les traiter uniformément comme des NULL à combler produit un résultat faux.

En pratique : ne déduisez jamais le RNU par soustraction. Puis, prévoyez trois cas distincts là où l’on en code spontanément deux. Le statut RNU se lit dans les données publiées, il ne se calcule pas.

2. Le zonage n’est pas normalisé et c’est le piège principal

Le code de l’urbanisme définit quatre familles de zones : urbaine (U), à urbaniser (AU), agricole (A), naturelle (N). Quatre lettres, une logique claire. On s’attend naturellement à pouvoir regrouper par libellé.

Sur les 1 343 719 zones publiées au Géoportail, les seules zones urbaines portent 10 533 libellés différents.

Pas 10 533 zones : 10 533 libellés distincts. UA, UB, UBa, UB1, UBa1, Ubis, UCzh… Chaque collectivité a construit sa propre nomenclature, et aucune règle nationale ne l’en empêche. Le standard CNIG impose un champ typezone normalisé. Mais le libellé, lui, reste libre, et c’est souvent le libellé qui porte l’information utile.

Le détail qui coûte le plus cher est plus bête encore : UB et Ub coexistent. 32 182 zones pour l’un, 15 453 pour l’autre. Un GROUP BY sur le libellé sans normalisation de la casse les compte comme deux zonages différents. Ainsi, votre tableau de synthèse est faux sans qu’aucune erreur ne soit levée.

En pratique : regroupez toujours sur typezone, jamais sur le libellé. Si vous avez besoin du détail du libellé, normalisez la casse et les accents avant tout regroupement. Enfin, vérifiez l’ordre de grandeur de votre résultat sur une commune que vous connaissez.

3. Le document n’est pas à l’échelle de la commune

Troisième contresens, le plus structurant : 14 467 communes sont couvertes par un document intercommunal sur les 24 786 rattachées à un document d’urbanisme. Plus d’une sur deux, parmi celles qui en ont un.

Un PLUi est un fichier unique qui couvre parfois plusieurs dizaines de communes. Cela change deux choses.

D’abord le découpage de vos données : la clé de jointure n’est pas le code INSEE de la commune. Mais l’identifiant du document, et une commune peut apparaître dans un périmètre dont le nom ne lui correspond pas.

Ensuite, et c’est le point que l’on découvre trop tard. Une révision change la règle dans toutes les communes membres le même jour. Un document téléchargé il y a six mois n’est pas nécessairement celui qui s’applique aujourd’hui. Et l’écart peut porter sur quarante communes d’un coup. Le Géoportail ne vous prévient pas ; la version précédente disparaît simplement du catalogue.

Il existe un cas plus subtil encore. Une commune peut relever de deux documents opposables simultanément, un PLU et un plan de sauvegarde et de mise en valeur, par exemple, qui ne couvrent pas le même périmètre. Une jointure qui suppose une relation un-à-un produit alors des doublons silencieux. C’est le même écueil que lorsqu’on récupère l’attribut d’une autre couche sans vérifier la cardinalité de la relation.

En pratique : datez vos extractions, et vérifiez la date d’approbation du document plutôt que la date de téléchargement. C’est la seule qui fait foi.

Ce que ça implique pour un dossier réel

Ces trois pièges sont gérables quand on analyse un territoire que l’on connaît. Ils deviennent problématiques dès qu’il faut produire une réponse opposable sur une parcelle quelconque, dans une commune que l’on n’a jamais vue. Ce qui est exactement la situation d’un avocat en droit de l’urbanisme, d’un géomètre-expert ou d’un bureau d’études saisi d’un dossier.

Dans ce cas, la question n’est plus technique mais juridique : il faut une pièce datée, qui indique de quel document elle est tirée et à quelle date ce document a été approuvé. C’est la fonction de la note de renseignements d’urbanisme.

Deux choses méritent d’être connues à son sujet, parce qu’elles sont rarement dites. La NRU n’est pas un acte créateur de droit : elle informe, elle n’autorise pas. Et aucune mairie n’est tenue de l’établir, lorsqu’une commune accepte de le faire, le délai est d’environ un mois.

C’est ce constat qui m’a conduit à construire NoteUrba, qui produit cette note à partir des données du Géoportail en citant systématiquement le document source et sa date d’approbation. Les trois pièges décrits ci-dessus sont, très concrètement, ce que le traitement doit gérer pour que la note soit juste.

En résumé

Les données du Géoportail de l’urbanisme sont une ressource remarquable, et gratuite. Mais elles sont publiées telles que les collectivités les produisent, et non telles qu’une analyse les attendrait.

Trois réflexes évitent l’essentiel des erreurs :

  1. Distinguer l’absence de document de l’absence de donnée. 6 632 communes relèvent du RNU, et c’est une information, pas un trou. Ne jamais déduire ce nombre par soustraction.
  2. Ne jamais regrouper sur le libellé de zone sans normaliser la casse; 10 533 libellés pour les seules zones urbaines.
  3. Dater l’extraction et vérifier la date d’approbation; plus d’une commune sur deux dépend d’un document intercommunal qui change d’un coup.

Tous les chiffres de cet article datent du 13 octobre 2026 sur le catalogue du Géoportail de l’urbanisme. Ils évoluent avec la mise à jour en continu du catalogue.

Pour aller plus loin :

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Florian Delahaye: Passionné de Géomatique
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